Faut-il bannir le pain?

Le pain est-il le vrai coupable?

 

«Le problème, c’est que je mange trop de pain.»

«Je sais que je ne devrais pas manger de pain, mais j’aime vraiment ça!»

«Le blé fait engraisser!»

 

Je ne compte plus le nombre de fois où mes clients, mes amis et des membres de ma famille m’ont confié leur crainte de consommer du pain au cours de la dernière année. Car c’est vraiment la peur qui contribue à la popularité de la mode actuelle du « sans gluten ». On accuse le gluten de favoriser la prise de poids, de ralentir la digestion et le transit intestinal en plus de causer des ballonnements et des gaz. À ce propos, il doit aussi être en partie responsable du réchauffement de la planète, non? Mais qu’a donc fait cette pauvre miche pour mériter une si mauvaise réputation?

Réflexions sur la guerre contre le pain

Mes réflexions sur la guerre contre le blé

En tant qu’êtres humains, nous sommes attirés par la nouveauté. Même lorsqu’une vieille méthode a fait ses preuves, on a tendance à la balancer par-dessus bord lorsqu’une nouvelle solution nous est proposée. Prenons le cas des régimes alimentaires, par exemple. Dans l’ensemble, nous savons ce qu’il faut faire pour maintenir un poids santé. Malgré cela, nous choisissions souvent de ne pas appliquer ce que l’on sait et préférons jeter tout notre dévolu sur « la » solution miracle, en sachant très bien que nos attentes sont irréalistes. On investit tous nos espoirs et nos précieux dollars dans la toute dernière tendance ou le nouveau régime à la mode parce que cette fois-ci, on se dit que si on réussit vraiment à tenir le coup, on perdra enfin nos satanés kilos en trop. On rejoint donc les disciples du régime Paléo qui n’hésitent pas à avaler la moitié d’un bœuf en l’assommant avec un café pare-balles, mais qui jamais, ô grand jamais, ne se saliraient les mains avec un petit bout de pain.

 

Bon, je sais que je beurre peut-être un peu épais, mais vous voyez où je veux en venir, n’est-ce pas? Permettez-moi toutefois de préciser que je n’ai rien contre le régime paléolithique en tant que tel, si cela fonctionne pour vous. Pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec l’approche Paléo, le principe de base de ce régime consiste à se nourrir de ce que nos ancêtres consommaient à l’ère Paléolithique, en synergie avec notre patrimoine génétique. Ce régime a attiré beaucoup d’attention (et d’adeptes!), car il encourage la consommation de viandes grasses en grandes quantités, ainsi que d’autres sources de protéines, et exclut toutes les formes de céréales et de légumineuses. Ces restrictions sont fondées sur la croyance selon laquelle ces aliments étaient plutôt restreints à l’époque et que par conséquent, notre corps ne serait génétiquement pas apte à les digérer adéquatement. Il faut aussi préciser que le régime Paléo suggère de manger beaucoup de légumes.

 

Or, si je me fie à mes dernières observations, la planète Terre comportait une diversité impressionnante de paysages. On n’a qu’à penser aux majestueuses montagnes, aux déserts arides, aux pâturages verdoyants et aux mers salées pour le constater! Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que les populations indigènes de ces différentes régions se nourrissaient d’aliments tout aussi variés. Par exemple, le régime alimentaire des Masaï d’Afrique et les Inuit de l’Arctique se composait d’aliments riches en matières grasses, de produits d’origine animale et de très peu de légumes.

 

masai


        

 

 

 

À l’opposé, les Incas du Pérou suivaient un régime à teneur élevée en glucides, composé principalement de maïs, de quinoa (que cette céréale toute-puissante soit louée!), de tubercules et de petites quantités de viande de gibier, tandis que les membres de la communauté pastorale des Todas, établie sur le plateau isolé des Nilgiris dans le sud de l’Inde, étaient strictement végétariens.

 

 Mode sans gluten                                                                         

Les régimes alimentaires traditionnels adoptés par ces populations tribales étaient tous relativement sains et très peu de cas de maladies cardiovasculaires, d’accidents vasculaires cérébraux, de diabète et d’obésité étaient recensés à cette époque. Bien évidemment, notre survie dépend de notre capacité à nous adapter à notre environnement.

 

Revenons à nos céréales! 

Je crois qu’en général, on a tendance à s’attarder un peu trop aux détails et à vouloir « microgérer » notre alimentation. Nous avons perdu de vue le pain dans son ensemble, parce que le gluten prend toute la place. Les ventes de produits « sans gluten » ont grimpé en flèche alors que le nombre de personnes chez qui l’on a diagnostiqué une intolérance au gluten est demeuré relativement peu élevé. Qu’est-ce qui a donc pu provoquer ce phénomène? Je crois bien que la tendance « anti-glucides » actuelle y est pour beaucoup. En ce moment, on accuse les glucides de tous les maux, de la même façon que le gras était pointé du doigt dans les Années 80. Du jour au lendemain, on s’était spontanément mis à consommer des aliments « sans gras », sans même jeter un coup d’œil à la liste des ingrédients pour se rendre compte que tout ce bon gras juteux avait été remplacé par du sucre. Et on se demande encore pourquoi nous sommes devenus de plus en plus gros…


Pourquoi se priver?

Un sondage réalisé en 2012 par la firme américaine Packaged Facts a révélé que les consommateurs achetaient des produits « sans gluten » pour les raisons suivantes :

– 35 % estiment qu’ils sont meilleurs pour la santé;

– 27 % croient que ces produits les aident à gérer leur poids;

– 21 % en consomment parce qu’ils sont faibles en glucides;

– 15 % en achètent parce qu’un membre de leur famille souffre d’une intolérance au blé ou au gluten;

– 7 % en achètent parce qu’un membre de leur famille est atteint de la maladie cœliaque.

Dites-vous bien une chose : ce qui est supprimé doit être remplacé! C’est une question d’équilibre. Ainsi, si vous éliminez les glucides, il vous faudra compenser ailleurs. Ce vide entraîne souvent un déséquilibre, car on cherche à le combler en ingérant d’autres aliments en quantités importantes.

On a tendance à croire que si l’on veut perdre du poids, on doit sans cesse se priver. Nos croyances nous amènent à adopter une approche radicale, parce qu’on se dit que si le fait de bannir un aliment donne des résultats, retrancher un groupe alimentaire en entier doit certainement être LA solution!

 

Non, le pain ne fait pas engraisser, cessons de le diaboliser! Il n’est pas armé de cornes pointues et d’une grande baguette servant à étendre le gras sur votre estomac. Un sandwich peut être un repas « dépanneur »; un mets facile à préparer que l’on mange chaque jour, par simple habitude. En revanche, un sandwich fraîchement préparé et garni de fromage à la crème, de truite fumée arrosée d’un trait de citron, de concombre, de feuilles de laitue croquantes et d’aneth sur un pain au levain, pumpernickel ou de seigle peut être un pur délice gustatif!

Allez-y, servez-vous et demandez-vous si le pain est vraiment votre pire ennemi ou si ce ne sont pas plutôt les trop grandes quantités de nourriture et de boissons que vous avalez qui sont la cause de vos symptômes. Si vous avez encore un doute, prenez une seule bouchée de pain sans gluten et vous serez le premier à louanger votre boulanger!

 

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Crédits photo : Chance Agrella, Pramshree Pillai, Dachalan

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Mots-clés utilisés pour trouver cet article : faut il bannir le pain,régime alimentaire des Masai ?

2 Commentaires

  1. Jose

    Bonjour,

    Je vous rejoins totalement dans ce que vous écrivez.

    Le pain, depuis toujours, a été un aliment de base et pour certains parfois la seule ressource alimentaire.

    Mais se voiler la face et ne pas reconnaître les écarts faits en consommant force boissons sucrées, des en-cas trop gras, trop sucrés, trop salés est devenu la norme.

    Il y a derrière tout cela une industrie toute puissante avec de multiples accointances qui, d’un coté, incitent à surconsommer et de l’autre coté la multiplicité des méthodes de régime et de produits amincissants qui sont censés aider à retrouver le poids idéal.

    C’est de la haute hypocrisie.

    Le bannissement du pain ne serait pas d’actualité si, au départ, le mode de vie était sain. Tout part de là. Il est plus facile d’incriminer tel ou tel aliment que d’avouer et reconnaître ses fautes.

    Bien à vous

    José

    Répondre
    1. Sophie Russell (Auteur de l'article)

      Merci pour votre commentaire fort pertinent, José. Effectivement, la prise de conscience et la responsabilisation à l’égard de nos habitudes alimentaires sont à la base de tout processus de changement durable. Tout part de soi!

      Répondre

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